
Je pars sur celles de K.C. Rourke (dominatrice professionnelle). J’ai lu quelques remarques d’elle dans le ” Dictionnaire des fantasmes et de la perversité ” de l’Editions Blanche ». Elle distingue (en parlant des jeux maître/esclave) trois sortes de couples présentant des personnalités différentes et caractéristiques :
Sadique/masochiste, axé sur la douleur
Dominant/dominé(e), axé sur la hiérarchie
Passif/actif (voire agressif), axé sur l’initiative
Chacun de ces types est selon elle indépendant. On peut par exemple trouver une personne du type : masochiste/dominée/active.
Je trouve cette classification assez interessante, car elle reste proche des concepts analytiques en se basant sur le mode de fonctionnement de notre inconscient qui opère par couples antagonistes et non selon notre rationalité.
J’essaye un peu de voir ce que cela donne appliquée sur moi.
Personnellement je suis indifférente envers le fantasme maître/esclave. D’ailleurs pour moi le mot liberté qui englobe ces deux termes me laisse également indifférente. Je ne recherche pas de liberté dans ma vie, car ce mot ne veut rien dire pour moi . Philosophiquement parlant la liberté est un concept sans contenu que chacun remplit à sa manière. Je préfère me qualifier comme femme autonome.
Le terme « indifférente » me convient parfaitement dans sens que l’idée d’une telle constellation ne me provoque pas le moindre trouble : ni appréhension, ni réprobation, ni révolte. Je peux comprendre ce fantasme sur un niveau humain, intellectuel ou analytique, mais ce n’est pas mon univers.
J’ai toujours eu du mal à me placer dans les notions sado/maso ou dominant/dominée bien que pour une personne d’extérieur mon faible pour la discipline conjugale puisse ressembler à une soumission à mon homme.
J’aime mieux l’expression « obéissance » ou femme « bien éduquée ». Je suis très sensible aux mots. Obéissante implique pour moi un choix, soumise un trait de caractère.
J’ai beaucoup de tempérament. Je suis expressive, vive d’esprit et de corps et je bouge énormément. On me dit théâtrale (à juste titre je dois avouer), et aussi un peu sauvage sur les bords. Malgré ma relation « discipline conjugale » je prends la plupart des décisions. Mon compagnon intervient uniquement pour les grandes lignes. Il a plus de perspicacité, plus d’expérience de vie que moi et je lui fais confiance. Il me pose un cadre « global » dans lequel il me laisse évoluer à ma guise.
Il adore mon côté italienne, folklorique. Quand je pique une colère, il m’arrive parfois de le gifler ou de lui balancer le contenue d’un verre ou d’une assiette sur la figure. Bref il faut me supporter et savoir dompter mon énergie débordante.
Comme on constate je suis plus dominatrice que soumise, plus active que passive et je dépasse facilement les limites. Puis comme déjà dit ailleurs, mon masochisme se résume à la douleur de mes fesses. Et encore.
Dans la sexualité classique je suis entreprenante, séductrice, coquine, provocante…
Mais dès que je me mets en mode « vrai moi », « nostalgique fleur bleue » au gré de mes fantasmes je deviens passive, naïve, enfantine un peu et je regarde mon homme avec des gros yeux comme celui qui sait tout et qui me fera découvrir ce je ne connais pas. Celui qui me prend par la main pour me faire découvrir un monde merveilleux et qui accomplit en même temps mon désir d’un prince charmant et d’un prince noir.
Et ce monde correspond plus à un retour en enfance avec un substitut de papa « gateau-sévère » qu’à un univers SM. Je passe sur des explications analytiques. Je me veux intentionnellement contradictoire pour retracer mes vraies émotions.
Pourquoi j’explique toutes ces contradictions de moi ?
Pour montrer que la discipline conjugale ne se base pas sur une structure logique, un type de femme en particulier, discernable sur des critères particuliers.
Je pense que ce fantasme féminin particulier, si loin du S/m, n’est pas si rare que l’on croit. Mais souvent il reste en hibernation. Faute de connaître la profondeur et la portée de ces propres fantasmes avant tout, de s’avouer ses vrais penchants et aussi faute de partenaire compréhensif sur tous les niveaux. Faute de courage de passer à l’acte, de dévoiler ses fantasmes les plus intimes. De peur d’être transformée en « femme serpillière », d’être annexée par un homme…
De peur aussi que ce jeu entre réel et fantasme escalade et se transforme en violence conjugale…
Vivre la discipline conjugale au quotidien c’est construire en univers parallèle aux conventions de la société…
…une construction personnelle de deux personnes qui mettent leurs profond désirs sur la table pour en construire un en commun.
Il est très difficile de réussir ce genre de création humaine qui demande à mon avis plus que de la complicité et de l’amour.
Je pense qu’il faut surtout une compatibilité venant des inconscients des partenaires.
Il est aisé de réaliser la « discipline conjugale » sous forme de jeu érotique limité dans le temps.
C’est en passant d’un jeu à un mode de vie quotidien que les problèmes apparaissent.
Outre maintes discussions et un « feeling », il faut laisser le temps au couple de roder cette structure sans avoir peur de fixer des limites et d’établir des règles claires…