Publié par : isabelle183 | février 17, 2010

Sainte Isabelle l’allumeuse ( par Sauron) 3

De retour de son travail, Isabelle trouva la bonne en train de parlementer avec son fils – une porte séparait la bonne et le fils forcené. Ce dernier s’était rué dans sa chambre, au retour du collège, et refusait d’en sortir.

Isabelle prit les choses en main et renvoya la bonne à d’autres activités. Mais elle ne parvint pas à convaincre son fils d’ouvrir la porte.

Un peu plus tard, le mari arriva à son tour, il n’eut pas plus de succès.

Isabelle et son mari tinrent un conseil de famille. Toutes les hypothèses furent envisagées : Drogue, racket, secte, impact des ondes électromagnétiques du téléphone portable du petit chéri – sans oublier, évidemment, un éventuel attentat des islamistes radicaux, lesquels auraient possiblement rajoutés des psychotropes dans les plats servis à la cantine du collège …

Une décision fut prise. Le mari allait enfoncer la porte … et on saurait (on commencerait d’abord par appeler le pédiatre, à toutes fins utiles) !

En attendant, la petite sœur partait dormir chez ses grands parents – c’était plus sûr !

Le pédiatre arrivé, Monsieur passa à l’action et enfonça la porte de la chambre de son fils. Comme Monsieur était costaud, cela ne fut pas très compliqué.

Le petit fut sommé – avec douceur toutefois – de bien vouloir – Nom de Dieu ! – expliquer ce qu’il foutait enfermé dans sa chambre depuis l’heure du goûter…

Et il expliqua : Sophie, sa dernière petite copine, une grande de 5ème – fait d’arme pour un petit de 6ème !!! – venait de le larguer, il l’aimait à en crever, il pensait qu’elle aussi, il ne comprenait pas, et il voulait mourir ; voilà tout …

Le père demanda immédiatement – S’ils l’avaient fait ? – Face à la réponse négative de son fils, qui semblait sincère, le père éclata de rire … : « Et tu te mets dans des états pareils alors que tu n’as même pas couché avec cette fille une seule fois …. »

L’incident était clos, il restait à appeler le menuisier pour réparer la porte, et, noter qu’il faudrait parler de capote plutôt que prévu au planning – réellement, l’incident était clos pour Monsieur, mais alors pas du tout pour Isabelle.

Le – très – jeune amoureux éconduit refusa d’aller en cours le lendemain. Sa maman l’emmena au cinéma à la place.

Le soir il cessa de s’alimenter, ainsi que le lendemain … Le vendredi il était envoyé dans un service spécialisé de l’Hôpital Necker.

Un mois après, il était sorti d’affaire et reprit sa sixième dans un autre collège. Il s’en tirait avec une année scolaire de perdue …

Les médecins expliquèrent aux parents que leur fils était normal, un peu niais pour son âge – mais il rattraperait plus tard, parole de médecin –, et un peu trop attiré par les filles mais sans vraiment tout comprendre. En d’autres termes, son zizi avait pris de l’avance sur son cerveau …

Et Sophie – l’allumeuse de 5ème – l’avait choisi comme cible pour cette raison. Voilà tout. Fermez le ban …

Le couple sembla passer à autre chose. Mais Isabelle n’était pas au mieux. Elle venait de se prendre son passé en plein dans la figure. Cette fois du côté des victimes …

A compter de ce moment, Isabelle refusa de faire l’amour à son mari. Ce dernier l’aimait assez pour tolérer cette situation, tout en était infiniment triste, sûrement plus de voir sa femme dépressive que de ne plus s’amuser au lit …

L’humeur d’Isabelle s’était tellement dégradée que le couple avait décidé d’envoyer les enfants en pension pendant une saison – mais dans un beau « home d’enfant » en Suisse où ils seraient très heureux et feraient du ski, les cours finis, tous les après-midi !

En fait, Isabelle était devenue hystérique – elle était en arrêt maladie d’ailleurs.

Les enfants partis, le couple décida d’aménager deux chambres séparées.

Le mari d’Isabelle n’en pouvait plus. Seul le souvenir de l’amour fusionnel entre lui et son épouse, encore vivace, – et l’attachement à ses enfants –, l’empêchait de penser au divorce. Pour dire vrai, il commençait à y penser très sérieusement.

Isabelle avait conscience d’être devenue insupportable pour ses proches et s’en voulait à mourir.

Elle cauchemardait tous les soirs à propos de tous les jeunes hommes qu’elle avait sentimentalement torturés, et, surtout du suicidé, Antoine machin truc … Elle ne pouvait plus se coucher sans médicaments puissants.

Isabelle débuta une psychanalyse, évidemment, et tomba sur un psychanalyste assez âgé ; elle n’avait pas osé se faire conseiller, pour le choix de l’analyste, et, avait sélectionné un psy, au hasard dans le bottin, par ce qu’il était aussi psychiatre, gage de sérieux, et surtout que son nom lui rappelait quelque chose – mais elle ne savait pas très bien quoi au juste.

Lors de la 3ème séance, le psy il lui demanda si elle connaissait un certain Antoine.

Isabelle fut surprise par cette question et répondit : « Mais évidemment, je vous ai dit vingt fois que celui que j’ai ‘suicidé’ s’appelait Antoine. »

« Et vous vous rappelez de son nom de famille, de cet Antoine ? »

« Non. Il avait un prénom comme nom de famille, un prénom commun, genre Jean ou Jacques, il m’avait expliqué que son grand père était un enfant de la DASS, d’où ce nom. »

« Mais cela commençait en J ? Vous m’avez cité que des noms en J. »

« Oui, cela commençait sans doute par J, mais vous dire quel prénom …  Vous savez je l’ai vu trois fois avant qu’il fasse … Vous savez quoi … Je me fichais de son nom, et après … après … j’ai vite cherché à oublier. Je suis passé à autre chose. »

« Jérôme, peut-être ? »

« C’est ça : Antoine Jérôme ! »

Le prénom/nom était sorti de la jolie bouche d’Isabelle comme une balle de fusil, et juste après elle se tétanisa quelques instants.

« Jérôme, comme vous Docteur … Je me rends compte maintenant : Docteur Serge Jérôme … »

« Oui. Antoine était mon fils. Mon fils unique. Sa mère est à moitié folle depuis qu’il est parti. Nous avons divorcé, mais je la vois de temps à autre. Si elle savait que vous êtes ma patiente, elle vous tuerait d’emblée. »

Isabelle était sonnée, sa voix blanche.

« Et vous qu’allez vous faire Docteur ? »

« Je vais vous demander de changer d’analyste, voilà tout. Je ne suis pas un justicier. D’ailleurs je m’en veux d’avoir eu besoin de 3 séances pour faire le rapprochement – mais je ne vous avais jamais vue et je ne connaissais que votre prénom : Isabelle ; et puis il fallait qu’on apprenne à se connaître pour que vous me racontiez votre histoire … –, maintenant il faut qu’un autre recommence votre analyse de zéro et ce n’est pas bon pour vous, j’aurais dû deviner plus vite, dans votre intérêt … »

« Mais qu’avez-vous à foutre de mon intérêt, vous devriez juste me haïr. »

« Je vous en ai voulu, évidemment, beaucoup même … Surtout quand j’ai lu les brouillons des lettres qu’il vous avait écrites. De bien belles lettres, qui n’ont jamais reçues de réponses … »

Le psy resta silencieux un moment puis reprit d’une voix mal assurée …

« Je ne sais pas, je ne veux pas, vivre dans la haine, qui ne fera pas revenir Antoine d’ailleurs, j’ai pardonné depuis bien longtemps. Et puis, vous vous en voulez tellement qu’il n’y a pas besoin d’être plusieurs à vous punir, vous vous en occupez très bien toute seule … Je vais même vous dire, je ne serais pas mécontent que vous trouviez un peu de répit, vous vous êtes déjà infligée beaucoup trop de souffrances.  »

« Mais je n’ai même pas reçu une paire de tartes quand c’est arrivé. Je n’ai même pas été convoquée au commissariat … Je n’ai même pas été renvoyée du lycée ! Et pourtant tout le monde savait ! »

A suivre…


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