Publié par : isabelle183 | mai 26, 2010

Confidences dans un train de nuit (récit fictif) 1

Nous sommes au milieu de la nuit. Dans un train.  Seuls dans le compartiment. La lumière est tamisée. Monsieur me parle de son adolescence. De ses premiers émois envers les filles. De ses fantasmes.

La nuit lui donne un autre visage. Surtout quand la nostalgie s’y ajoute. Je vois devant moi le timide ado qu’il a dû être. Si différent de l’homme de 40 ans, mature et sur de lui que j’ai rencontré quelques mois auparavant.

Il me parle de la disparition des bas et gaines, survenue au début des années 70.

… le porte-jarretelles était réservé aux femmes élégantes…

J’ai envie de rigoler de l’air involontairement tragique de ses mots. De la mimique de son visage qui reflète sa déception d’antan. Un choc de taille pour pas mal d’hommes de sa génération qui ont découverts tout petit ce genre de vêtement sous les jupes des leurs mamans. En rêvant, une fois devenus grands comme leur papa de s’amuser avec. Puis terrible coup du destin. La mode change pour faire place au collant. Déjà quand on ne connaît rien aux filles on est maladroit. Mais si de plus il faut se battre avec un collant, les endroits stratégiques prennent la signification d’une forteresse.

Mon chou adoré a l’air si triste tout d’un coup. Cela me fait mal au cœur. Je profite pour relever ma robe et pour réajuster mes jarretelles. Il adore me regarder quand j’accomplis ce petit geste. En plus cela délie sa langue.

Ensuit un discours sur l’horrible collant. Des petites mésaventures dues à ce petit voile qui rend l’objet de la convoitise inaccessible. Et même on y arrivant au bout, le prochain obstacle se présente : la culotte en coton blanc, style lycéenne. Monsieur n’est pas vraiment un nostalgique des émois scolaires.

Quand je range ma robe et je croise mes jambes il se tait pendant un moment. Il aime écouter le son si caractéristique qui trahit des vrais bas. Nous sommes en voyage et j’ai mis le grand jeu. La faible lumière du compartiment se miroite dans mes escarpins noirs. D’un cuir parfaitement lisse et verni. Un de mes hauts talons pointe légèrement vers Monsieur.

Il me parle de sa découverte de journaux pour hommes. Une image s’est imprégnée dans sa mémoire. Une magnifique fille brune à toison abondante qui semblait s’apprêter à un rasage pubien. Malheureusement il manquait la suite. L’image l’obsède.

Commence une laborieuse recherche au travers des étalages de magasins de journaux. Vouée à la quête du saint  graal.  Existe-t-elle, une telle fille ? Il est difficile de demander conseil aux copains. Heureusement la photo d’art vient au secours. Bien moins prude que les journaux qui se battent avec la censure qui défend l’absence de poils.

Entre la découverte d’une photo qui met ce fantasme en scène (hein oui au milieu des années 70 l’épilation intégrale représente un fantasme ; de plus, très malfamé) et la mise en œuvre avec une femme en chair et en os, il faut qu’il attende ses 22 ans. Hyper compliqué ce temps-là.

J’attends qu’il aborde la fessée. Il a assisté à la fessée d’une petite voisine. Plus âgée que lui. A la fin de années 60. Non, pas directement. Cela s’est passé dans la pièce à côte. Il fallait se contenter du bruit que cause un tel traitement par application d’une main ferme sur des hémisphères nus.

Cela marque encore plus qu’une image et fait travailler l’imagination. Puis quand elle n’arrive pas à se projeter dans la réalité, il y a des fils qui se brodent autour. Monsieur découvre sa vocation d’éducateur. Il enseignera quelques années plus tard à ses copines comment devenir une femme élégante. En adoptant la méthode anglaise il fait de véritables miracles.

Je dois dire que la méthode anglaise marque quand elle s’applique à l’âge adulte sur un terrain favorable. Aucune de ses ex a dû échapper au martinet à côté de l’assiette de monsieur. Objet qui se rajoute avec autant d’évidence que le couteau et la fourchette et qui risque de servir à tout moment au cas où l’on ne se tienne pas correctement. Tant pour la posture, tant pour la manière de manger, tant pour la conversation.

Je vais avoir la chance ce week-end de visiter avec Monsieur une de ses copines de jeunesse que je connais déjà un peu. Elle aussi est une adepte de la DD de longue date. C’est une femme très chouette, sensiblement du même âge que mon homme.

Etrange pressentiment d’un repas en « famille » et aussi de conversations surprenantes en tête à tête entre filles pour échanger des souvenirs cuisants. Il me tarde l’arrivée.

A suivre


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