Je réédite un texte qui me parait remarquable. Il venait d’un site anglais qui n’est plus sur le net depuis pas mal de temps. Son auteur, Photino2003, m’avait donné en 2008 l’autorisation de le traduire en français.
Philosophie morale et fessée
Les récits de fessée ressemblent aux contes de fées en illustrant des sujets importants de la philosophie morale. A l’instar des contes de fée, ils représentent des conventions morales spécifiques et bien définies. Ils ont pour but de les affirmer et au cours de chaque histoire il y a d’abord renversement, puis rétablissement.
Le thème de base articule autour d’une autorité légitime qui offre à son détenteur le droit à l’application de châtiments corporels et sépare ainsi une histoire de fessée d’une de S/m par exemple:
Un récit de fessée sans autorité légitime n’en est pas un.
Les autorités peuvent être du type parental, scolaire, religieux, judiciaire et ainsi de suite. Légitimes parce reconnues et approuvées par la société, et de plus renforcées par une longue tradition. Elles sont également reconnues, si ce n’est pas appréciées, par ceux qu’y sont soumises.
Pour réussir un récit de fessée il faut d’abord clairement établir sur quoi se base l’autorité de l’antagoniste, puis expliquer pourquoi le protagoniste y est soumis: un jeune de 16 ans fille qui reçoit la canne pour l’absentéisme scolaire semble plausible. L’histoire d’une femme de 22 ans par contre, punie pour la même infraction demande quelques explications. En outre l’autorité doit être limitée, si elle veut demeurer plausible : Un prof peut punir pour un retard en classe, mais pas pour un retard à la maison.
Ces conventions morales possèdent souvent une limite géographique pour tenir compte de la réalité actuelle: des îles, des écoles lointaines, des institutions sécrètes de redressement ou des petits pays, peu connus, qui servent à séparer notre monde du contexte où se déroule l’action. Tout comme la grande forêt impénétrable isole le conte de fée du reste du monde.
Le concept de l’autorité est lié à celui de devoir. Si la société accorde à l’enseignant, à la gouvernante et au magistrat le pouvoir d’infliger des châtiments corporels, elle leur impose en même temps le devoir de les appliquer. Les récits de fessée suivent un ensemble de règles claires, comparables aux lois de la nature :
Les méfaits méritent punition sans contre argument ou recours.
Il n’y a aucune place pour l’ambiguïté dans ce monde: l’autorité n’a pas d’autre choix que de punir les coupables. Un manque à ce devoir serait la pire de toutes les offenses contre la convention morale en vigueur. Cependant, comme nous le savons tous, l’accomplissement d’un devoir est souvent très difficile. Particulièrement quand il y a conflit avec ses propres sentiments ou émotions. Les récits de fessée sont un excellent moyen pour explorer de tels conflits:
Considérons, par exemple, les états d’âme d’un directeur d’école pour infliger la canne à sa protégée préférée pour avoir fumé, ou celui d’un enseignant obligé de corriger une élève modèle qui a toujours fait ses devoirs et qui les a simplement oublies à la maison.
“Le sens d’une fiction c’est que le bon finisse bien et le mauvais finisse mal », a déclaré Oscar Wilde. C’est particulièrement vrai dans la fiction sur la fessée. C’est même sa raison d’être. Le processus par lequel le bon finit bien et le mauvais finit mal s’appelle «justice». Les discussions sur la façon comment la justice devrait être accomplie commencent à l’aube de l’histoire humaine et ne sont pas prêtes à aboutir à une conclusion sous peu.
Faisons le point sur la représentation de la justice dans les récits de fessée. Son mode de fonctionnement consiste à appliquer un règlement à la lettre pour tout le monde. Si une règle est mauvaise, elle peut (en principe) être changée, mais pas par l’antagoniste. Le directeur mentionné ci-dessus n’a pas droit de renoncer à la punition de sa protégée, ni l’enseignant à celle de son élève fautif. Le faire provoquerait une l’indignation tout à fait compréhensible du style « ce n’est pas juste! » par tous les élèves qui ont été punies pour avoir fumé ou qui ont oublié de remettre leurs devoirs. Les récits de fessée considèrent les protagonistes comme acteurs moraux – c’est-à-dire des personnes dont le libre arbitre devrait endosser la responsabilité de leurs actes. Je crois que ceci est une autre clé caractéristique des récits de fessée: si une fille enfreint une règle, ce qui est un acte prémédité et volontaire en quelque sorte, alors elle doit affronter les inévitables conséquences de sa décision. Si elle est distraite, elle doit assumer les conséquences de son oubli. Plaider que l’on n’est qu’une «Victime de la société» ne nous amènera nulle part dans cette forme de littérature!
En fait, l’idée sous-entendue d’un récit de fessée implique souvent (si ce n’est pas toujours) que les règles ne doivent pas être changées. La convention morale de l’univers fessée est telle que justice sera toujours faite. Nous allons recevoir exactement le nombre de coups que nous méritons.
A suivre…
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